Dominique Parret
Dominique Parret est spécialiste
des périodes historiques, notamment de l’époque Napoléonienne et de l’histoire
contemporaine.
Extrait
de texte
" Il est là, l’homme, le chasseur, le
coureur de plaines, devant la caverne où le jour encore froid sur l’horizon l’a
appelé, impérieux.
Il est là debout et hésitant, se
jetant d’une jambe sur l’autre.
Il n’est arrivé que de la veille.
Ses muscles encore raides et douloureux lui disent les jours de course, de
marche, les combats et la blessure des épines et des pierres. Il souffre d’une
plaie profonde qui s’infecte à sa jambe.
Déjà pourtant, ses pieds pensent à
la piste.
Il est arrivé avant la fin du jour
précèdent. Il a déposé le gibier à l’odeur forte, sur les claies de branches, à
l’abri des animaux. Il est allé voir son vieux chien qui meurt lentement près
du feu et sa mère qui s’éteint, active à tresser des liens d’intestin de chat
sauvage.
Tant que ses doigts bougent, la mort
ne voit pas que le temps est venu de lui manger la vie.
Il a jeté un œil aux chiennes et à
leurs chiots. Il a regardé ses propres petits, vautrés dans la poussière.
D’abord la femme l’a ignoré. Elle a
soupesé les quartiers de viande. Elle a apprécié le plaisir de savoir la faim
repoussée pour plusieurs jours. Alors, elle a aimé le courage du chasseur. Il
écarte les ombres et la mort qui guette les petits, les vieux et les chiens.
Elle a été contente d’avoir choisi
ce chasseur habile et solide, dur à la course, insensible à la douleur, sauvage
au combat, capable de tuer un chien avec ses dents de pierre et d’étouffer un
lynx entre ses bras.
Il viendra dans sa couche à l’obscurité. Il la prendra. Elle ne porte
pas de petits dans son ventre. Il lui faut de nouveaux petits pour
que la caverne soit vivante, pour que, vieille, elle ait un feu où mourir
lentement."
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